jean dewasne : L'ŒUVRE
ŒUVRES MONUMENTALES

Le moment de créer est un instant de vie au maximum de son intensité

Jean Dewasne
Traité d’une peinture plane

par Lydia Harambourg
Historienne Critique d’art
Correspondant de l’Institut, Académie des Beaux-Arts

Se confronter à l’architecture :
Un art total

Dewasne adapte son art à la technologie de son temps.

Avec ses Antisculptures s’est imposée la nécessité de trouver des espaces toujours plus grands pour être au cœur de la cité et mettre l’art au sein d’une urbanité au quotidien.

Une utopie réalisable grâce à la technologie. Il anticipe les logiciels en recourant à un processus de photomontages qui déclenchent des surprises visuelles ludiques dans le champ du réel avec les antisculptures Cerveaux-Mâles (Tour Montparnasse).

En libérant la couleur il créé des espaces aléatoires, des déformations spatiales par transformations continues suivant le modèle du ruban de Möbius selon la géométrie non-euclidienne.

Antisculpture D2
« Cerveaux Mâles »

1972-1975

Laque glycérophtalique sur tôle acier
190 x 190 x 76 cm

Antisculpture D2 « Cerveaux Mâles » 1972-1975 Laque glycérophtalique sur tôle acier 190 x 190 x 76 cm

La monumentalité impose sa loi.

Convaincu du rôle fédérateur de l’art abstrait et de son inscription dans l’architecture urbaine, Dewasne change d’échelle, afin de créer une œuvre d’art totale.

En 1968 ce sont les réalisations murales pour la patinoire qui accueillent les Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble, suivies en 1970 par celles pour l’ancienne bibliothèque du musée de Grenoble.

Ce bâtiment de style Napoléon III, éclairé par de vastes coupoles, est investi par une suite de panneaux de 60 mètres de long sur 15 de large, sur une hauteur de 15 mètres de hauteur. La peinture laquée et brillante piège la lumière avec des effets de réflexion.

Réalisée sur des supports plastifiés tendus sur des châssis en bois, la suite Grenoble a été roulée au démontage qui entraîna sa destruction (témoignage de Jean-Claude Lahumière à sa fille Diane Lahumière).

Jean Dewasne, "Grenoble 70". 1200 m2.<br />
Ancienne bibliothèque municipale de Grenoble.<br />
Dépôt de l’Etat, Service des musées de France.<br />
Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Grenoble 70

1200 m2 (vue partielle)
Ancienne bibliothèque municipale de Grenoble
Dépôt de l’Etat, Service des musées de France
Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Intégrer la peinture dans l’architecture

Sa préoccupation d’intégrer la peinture dans l’architecture se réalise d’une façon spectaculaire avec La Longue Marche.

Commande de la ville de Lille, réalisée en 1967, cette œuvre monumentale est destinée au lycée technique d’Haubourdin (Nord) et probablement jamais installée. Inspirée par le récit de la « Longue Marche » de Mao, cette œuvre magistrale est composée comme une sonate, présupposant le cheminement fractionné, interrompu par des épreuves que rappellent les rythmes différents et une polyphonie chromatique orchestrant les trente-six panneaux compressés, émaillés au four pour une longueur totale de 88 mètres. Ne pouvant être volontairement contemplée dans son intégralité elle a été présentée en 1969 à l’ARC au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et en 1981 au Centre Pompidou.

Lors des donations Dewasne faites à l’Etat et présentées en 2014, Patrice Deparpe conservateur n’avait retrouvé qu’un panneau au musée de Villeurbanne. Les autres sont restés introuvables. Il ne reste de cette œuvre monumentale que les deux éditions imprimées réalisées à l’époque par Jean-Claude et Anne Lahumière à la suite de leur rencontre avec Dewasne en 1968. Ils présentèrent cette suite sérigraphique à la première foire de Bâle en 1970.

Jean Dewasne,<br />
La Longue Marche,<br />
1969,<br />
88 M,<br />
Vue partielle, Exposition Centre Georges Pompidou, Paris 1982,<br />
Dépôt de l’Etat, Service des Muses de France,<br />
Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

La Longue Marche

1969

88 M
Vue partielle, Exposition Centre Georges Pompidou, Paris 1982
Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France. Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

En 1972, sur les conseils de Jean-Claude Lahumière, Dewasne imagine une structure ronde : Habitacle rouge 1972 (Le Cateau-Cambrésis, musée Matisse) dans lequel le spectateur pénètre et vit l’œuvre par interaction (voir Antisculpures).

Jean Dewasne, Habitacle rouge" Musee Matisse Le Cateau-Cambresis
Jean Dewasne, Habitacle rouge" Musee Matisse Le Cateau-Cambresis

Habitacle rouge

1972

Architecte : Jean-Claude Lahumière, Paris (France)
Donation de Mme Mythia Dewasne
Transfert au Musée départemental Matisse, Conseil départemental du Nord le 25/10/2017
© Adagp, Paris – Crédit photographique : Philip Bernard/Musée départemental Matisse

En 1975 Dewasne poursuit son travail d’intégrations architecturales pour le Siège de Renault dans le cadre d’une collaboration avec les artistes contemporains (Arman, Vasarely, Dubuffet, Soto…) initiée par Claude-Louis Renard, le constructeur automobile. Dewasne réalise 40 mètres de peintures et laques glycérophtaliques sur bois dans la salle des ordinateurs. La même année il reçoit une commande pour le métro de Hanovre : deux œuvres de 110 mètres de long.

Jean Dewasne - Métro de Hanovre

Jet-Underground 2

 1975

110 M
Métro de Hanovre, Allemagne
Dépôt de l’Etat, Service des musées de France, Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Son Antisculpture in situ qu’il réalise en 1979 pour l’usine de produits chimiques Gori Vaerk, à Koldong au Danemark concrétisent ses attentes exposées dans son Traité de 1949. Faire pénétrer l’art abstrait dans toutes les sphères de la vie quotidienne et urbaine.

Il s’agit de vingt réservoirs cubiques avec des motifs concentriques disposés sur trois rangées de cuves et 7 km de tubes qui traversent l’usine.

Antisculpture
Usine Gori, Kolding, Danemark

1979

Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France
Donation Jean Dewasne Collection Musée de Cambrai

Photographie de l’usine Gori, Kolding, Danemark, 1979, Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France, Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Sa préoccupation d’intégrer ses œuvres dans l’architecture trouve son apothéose avec le chantier de la Grande Arche de la défense (1986-1989) qui opère la synthèse de la peinture et de l’architecture. Un dialogue des formes et des couleurs dans l’espace permet la « communication de l’esprit ».

L’architecte Johan Otto Von Spreckelsen, responsable de la conception de la Grande Arche de la Défense, confie à Dewasne dont il connaît les antisculptures, la réalisation de la plus grande peinture au monde. Deux faces seulement seront réalisées sur 100 mètres de haut et 70 mètres de large pour une superficie de 15 280 m 2 de peinture émail cuit à 1200° sur plaque d’acier :

« Pour répondre au vœu de l’architecte et exprimer les liaisons qui unissent la pensée et les êtres humains, je suis parti de la théorie des graphes et j’ai imaginé des combinaisons en arborescences qui représentent la complexité des rapports entre les idées » écrit Dewasne en 1996.

Jean Dewasne dans son atelier devant les panneaux de la Grand Arche

Jean Dewasne dans son atelier
devant les panneaux de la Grand Arche
Non daté
Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France
Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Photographie de la maquette de la Grande Arche de la Défense

Photographie de la maquette de la Grande Arche de la Défense
Non daté
Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France
Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai

Schéma positionnant les points de vue arachnéens décrits par Jean Dewasne au niveau 8, 16 et 24 de la Grande Arche de la Défense

Schéma positionnant les points de vue arachnéens décrits par Jean Dewasne au niveau 8, 16 et 24
Reproduit in Acte d’œuvre, Tome 3 M.E.S de Catherine Arborati, Mars 2007, Page 53
Collection particulière

Vue d'un couloir de la Grande Aeche de la Défense - Extrait de la vidéo Paris-Rome, commandée par Jean Dewasne
Vue d'un couloir de la Grande Aeche de la Défense - Extrait de la vidéo Paris-Rome, commandée par Jean Dewasne

Vue d’un couloir de la Grande Arche de la Défense
Extrait de la vidéo « Paris-Rome », commandée par Jean Dewasne

Le gigantisme se perpétue avec une œuvre impressionnante pour le journal Politiken à Copenhague au Danemark en 1995.

Des 800 m2 de plafond se déploient des motifs qui surplombent tous les espaces de travail.

Journal Politiken, Copenhague

1995

Plafond de l’accueil et du bureau du Rédacteur en Chef

Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France,
Donation Jean Dewasne,
Collection Musée de Cambrai

Plafond de l’accueil et du bureau du Rédacteur en Chef, Journal Politiken, 1995, Copenhague, Dépôt de l’Etat, Service des Musées de France, Donation Jean Dewasne, Collection Musée de Cambrai
Cotral Atac Fresque en mosaïque, Station Piazza Di Spagna, Métro de Rome

Cotral Atac

2000

Fresque en mosaïque, Station Piazza Di Spagna, Métro de Rome
Réalisée après la mort de Jean Dewasne, en 2000
Collection particulière