jean dewasne : L'ŒUVRE
LES PEINTURES

L’oeuvre se définira essentiellement par le réseau d’interactions auxquelles elle participe, exprimant le conflit d’une situation géométrique dans un système dynamique

Jean Dewasne
Une création mathématisée

par Lydia Harambourg
Historienne Critique d’art
Correspondant de l’Institut, Académie des Beaux-Arts

 

Figure majeure de l’abstraction construite française, Jean Dewasne découvre après la guerre l’art concret qu’il reconnaît comme l’unique voie de la peinture moderne.

Ses premières toiles abstraites présentent des formes découpées et assemblées dans des tonalités plutôt sombres.

Sa première peinture murale La Joie de vivre (1948), suivie en 1952 par Prométhée (Donation Daniel Cordier, Centre G. Pompidou) et la Bataille de Marignan en 1953 (col. Arp musée de Bâle) contiennent en substance son « Traité de la peinture plane » (1949) publié en 1972 (Institut de l’Environnement).

Structurelle, la ligne est associée aux couleurs fondamentales selon sa théorie du plan et de la forme  faisant intervenir les illusions d’optique du chromatisme. Ainsi lorsqu’un bleu et un rouge se touchent, on observe à leur intersection une petite ligne colorée qui provoque une vibration rosée, violacée. La théorie des quatre couleurs qui offrent aux artistes la possibilité de « sortir » du cadre de la surface plane pour travailler dans des espaces courbes suffisent à augmenter les surfaces colorées et passer directement au vrai rose, au violet.

La première passion

1949

Huile sur toile

 

La puissance chromatique atteint son maximum d’intensité avec l’emploi de peintures industrielles comme la laque glycérophtalique posée en aplats au pistolet, clairement délimitée par sa construction topologique, sans effet de matière sur un support inaltérable qui le fait renoncer à la toile au profit de l’isorel.

Il l’expérimente en 1951 avec l’Apothéose de Marat, une œuvre charnière. Une immense peinture sur bois de 2,50 mètres de haut x 8,335 mètres de long (achat de l’Etat en 1982. Dépôt au musée de Grenoble. Centre Pompidou, Paris, musée national d’Art moderne/Centre Création industrielle).

Les peintures sur isorel et les gouaches de cette époque témoignent d’un vocabulaire formel spécifique constitué de droites et de courbes, de bandes sinueuses, sous-tendues par la puissance chromatique des laques glycérophtaliques qui s’intègrent aussi au métal.

Jean Dewasne, Apothéose de Marat', 1951

Apothéose de Marat

1951

5 panneaux
Peinture glycérophtalique sur bois
250 x 833,5 cm – Dim de chaque panneau: 250 x 166,70
Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou

La colorimétrie

Concomitants aux travaux des mathématiciens ses travaux sur la colorimétrie sont aussi essentiels pour la constitution de son langage.

Pour l’artiste il y a deux façons d’appréhender la couleur.
La couleur lumière, en extrayant du spectre solaire les couleurs à l’état pur.
La couleur matière donnée par les couleurs chimiques des tubes, notamment pour les verts et les bleus.

Ayant observé qu’il existe des couleurs solides et des couleurs fugaces, il étudie les ouvrages des ingénieurs de chez Philips. Il se rend régulièrement à la Maison de la Chimie où il étudie les couleurs utilisées dans l’industrie, comme les matières plastiques liquides.

Son vocabulaire plastique s’en trouve modifié révélant des émotions sensorielles nouvelles par l’enrichissement de la chimie des couleurs, de la théorie sur la vision. Il fait un constat fondamental : que les trois couleurs primaires ne sont pas le rouge, le jaune et le bleu mais le rouge, le vert et le bleu, le jaune transparaissant par oscillation.

Ses peintures, gouaches, sérigraphies constituent une activité parallèle à laquelle Dewasne apportait la plus grande attention.

La monumentalité des réalisations peintes intégrées dans l’architecture imprègne pareillement ses peintures toujours préparées par des dessins et des esquisses autour de la structure et de la couleur. Elles peuvent être qualifiées de peintures de chevalet : La Clé ou l’Architecte 1959, peinture laquée sur isorel, Col. Lahumière ; Prométhée I 1952 ; Grande Ours 1958 deux huiles sur isorel (Donation Daniel Cordier, Centre Pompidou).

Certaines présentent une réelle monumentalité : Badia La Grande (Donation Jean Dewasne, dépôt de l’Etat au musée de Cambrai). Aurora (dépôt de l’Etat au musée de la Poste, Paris) en relation avec le timbre qui en fut édité en 1983.

Ses sérigraphies diffusent ses œuvres monumentales comme La Grande Marche, 14 sérigraphies sur papier,1969. Editeur Galerie Lahumière, Paris.

La monumentalité a imposé sa loi.

Le chapitre œuvres monumentales inventorie ces réalisations spectaculaires par leur ampleur spatiale dans lesquelles la peinture et la colorimétrie renouvellent un dialogue avec l’architecture.

En collaboration avec le Siège de Renault dans le cadre d’une collaboration avec les artistes contemporains (Arman, Vasarely, Dubuffet, Soto…) initiée par Claude-Louis Renard, le constructeur automobile, Dewasne réalise en 1974 quarante mètres de peintures et laques glycérophtaliques sur bois dans la salle des ordinateurs au Siège de Saint-Quentin -en-Yvelines.

La même année c’est la commande pour le métro de Hanovre (Allemagne) : deux œuvres de 10 mètres de long.  La ville, reconstruite, où vécut Leibnitz est un tremplin pour sa réflexion.

De 1977-79 date une fresque de 580 m toujours visible in-situ dans le lycée Jean Vigo à Millau.

PEINTURES

GOUACHES

DESSINS GOUACHÉS