jean dewasne publications
ÉCRITS
DE JEAN DEWASNE
1949
Traité d’une peinture plane
publié in Morphologie-Structure,
Paris, ministère des affaires culturelles, institut de l’Environnement,
1972, cahier VII
À partir du « Traité d’une peinture plane », Jean Dewasne a donné des conférences dans le monde entier.
Ce fac-similé illustrait une conférence :
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1950
Le gros Robert, Editions J;H Schultz, Copenhague
1951-53
Cours de technologie de la peinture à l’Atelier d’art abstrait
1952
- Vasarely, Collection « L’Art abstrait », Les Presses Littéraires de France
- Espaces mathématiques et art abstrait, XXe siècle, N°2, 1952
1957
Article sur Andrea Del Castagno, Les Lettres Françaises.
1958
Qu’est-ce-que l’avant garde en 1958 ? Lettres Françaises du 5-11 Juin 1958.
1959
Réflexions sur l’art abstrait, Quadrum 7, Bruxelles 1959.
1968
Art abstrait et objectivité, Nouvelle Critique, N° 16, Septembre 1968.
1971
Le problème du mur, L’œil, N° 201-202, Septembre-Octobre 1971.
1972
De la théorie au concept, Opus N° 37, 1972, dialogue entre E. Mavrommatis et Jean Dewasne.
1973
Les logiques floues et la création, texte à publier 1973 – 1974, Paris.
1975
- Sur les antisculptures, publié in cat. expo. ARC II.
- Les cerveaux-mâles, Paris.
1977
- Dédié au spectateur, Galerie des Arts, Mars 1977.
- Une création mathématisée, Gazette des Beaux-Arts, Paris, Septembre 1977. Introduit dans la création esthétique : La Topologie, la Théorie des ensembles, des graphes, les logiques complexes et la théorie des catastrophes.
1977
Une création mathématisée
Extrait de la Gazette des Beaux-Arts, septembre 1977
Plus l’œuvre sera complexe, plus le hasard aura la chance de s’y insinuer.
Jean Dewasne
Traité d’une peinture plane
CONFÉRENCES
DE JEAN DEWASNE
- Les idées pédagogiques de Klee et Kandinsky (1946, Paris, Centre de recherche de la rue Cujas)
- Les problèmes actuels de l’art abstrait (1949, Copenhague, Musée Thorvaldsen)
- Les idées théoriques de l’art abstrait (1951, Paris, Atelier d’art abstrait)
- L’art abstrait et le matérialisme dialectique (1952, Paris, Atelier d’art abstrait)
- Structure naturelle du langage plastique (1953, Copenhague, Musée Thorvaldsen)
- Réalité vivante de l’expression plastique (1953, Copenhague, Musée Thorvaldsen)
- Conférences prononcées à Lima, Académie d’architecture
- Ethique pour l’art abstrait (1955, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts)
- Art objectif (1958, Paris, Sorbonne)
- Création (1978, Stockholm, Kulturhuset)
- Conception (1978, Stockholm, Institut français)
- Nature et art abstrait (1981, Boulogne, Centre culturel)
- L’art construit (1981, Paris, Centre Pompidou, dans le cadre de l’exposition Paris-Paris)
L’oeuvre se définira essentiellement par le réseau d’interactions auxquelles elle participe, exprimant le conflit d’une situation géométrique dans un système dynamique
Jean Dewasne
Une création mathématisée
CATALOGUES
& OUVRAGES GÉNÉRAUX
1952
Jean Dewasne, par Pierre Descargues, Collection « L’Art abstrait », Les Presses Littéraires de France
1968
- Jean Dewasne, par Mathey, Plaisir de France, Avril
- Dewasne l’absolutisme, par Gassiot Talabot, Opus 1968, N° 6.
- Jean Dewasne, par Pierre Faveton, Connaissance des Arts, Juin 1968, N° 196. 1969
1969
- Jean Dewasne ou l’intégration du modernisme, Le Monde 30/1/69.
- Michel Ange du Ripolin, Nouvel Observateur, Janvier 1969.
1971
- Le Problème du mur, entretien avec Jacques Putman, l’Oeil, Septembre-Octobre, 1971.
1972
- De la théorie au Concept, dialogue avec E. Mavrommatis, Opus, N° 37, 1972.
1973
- Jean Dewasne et la théorie de l’objectivité, par Emmanuel Mavrommatis, Avril 1973.
- Jean Dewasne, par Gassiot Talabot, Art International, Mai 1973.
- L’art et l’environnement par Maurice Bruzeau. Revue française des télécommunications. Octobre 1973.
- L’art actuel en France par Anne Tronche, Ed. André Balland. pp. 47 à 49, et pp. 56 à 60, 1973.
1974
- Jean Dewasne par Wolfgang Sauré, Das Kunstwerk, Janvier 1974.
- Théorie et méthode dans le travail de Jean Dewasne, par Emmanuel Mavrommatis, Cimaise, N° 115-116, Mars-Avril 1974.
1975
- Les contres Courbes de Dewasne, Otto Hahn, Express, 21-7-1975.
- Du Chevalet au Chassis Renault, Bernard Teyssedre, Le Nouvel Observateur, 28-7-75.
- Jean Dewasne Muraliste, Rudolf Lange, Hannoversche Allgemeine Zeitung, 20 Septembre 1975.
2014
Catalogue d’exposition “Dewasne la couleur construite. De l’Antisculpture à l’architecture”
Musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis, musée de France,
du 22 mars au 9 juin 2014
Une exposition d’intérêt national.
Direction d’ouvrage : Patrice Deparpe
Somogy Editions
2006
JEAN DEWASNE – Quelques mots d’introduction
Ariane Coulondre
Conservatrice au Musée National d’Art Moderne – Centre Georges Pompidou, Paris
Extrait de mémoire – 3e cycle, 2006
« C’est un garçon calme, capable d’idées baroques, de trouvailles surprenantes et d’un très grand dynamisme dès qu’il est en contact avec de joyeux bougres. Evidemment sa peinture lui ressemble : elle est le fait d’un lyrique raisonnable¹. »
C’est en ces mots que Pierre Descargues dresse le portrait de Jean Dewasne, jeune peintre de vingt-huit ans, alors à la tête de la défense de l’art abstrait dans le milieu parisien de l’après-guerre. La formule est efficace et touche sans doute au cœur de ce qui fait l’originalité de sa pensée et de son œuvre. L’art de Jean Dewasne réunit en effet deux tendances, que des querelles historiques avaient posées une fois pour toutes comme antithétiques : le classique et le baroque, autrement dit, pour notre temps, la recherche de rigueur monumentale et le désir d’exaltation.
Jean Dewasne est né le 21 mai 1921 à Hellemmes, petite ville du Nord, aujourd’hui intégrée au développement urbain de Lille. D’un père flamand et d’une mère limousine, il grandit dans un milieu familial cultivé, de confession catholique. Son père et son oncle, ingénieurs, lui transmettent leur goût pour la science. Le jeune Dewasne témoigne dès son plus jeune âge d’un grand intérêt pour la musique. Il pratique assidûment le violon et nourrit toute sa vie une passion pour la musique contemporaine. La peinture l’intéresse aussi très tôt puisqu’il peint ses premières huiles vers l’âge de douze ans. Il poursuit de solides études classiques, jusqu’en première supérieure en philosophie, à Bruxelles, Bourges puis Paris. Inscrit à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts en architecture, il suit également la formation classique de peinture, qui l’intéresse peu. En revanche, les débats de son temps le passionnent et le jeune peintre complète son savoir académique dans les ateliers de Montparnasse, notamment celui d’André Lhote. Sa première exposition a lieu en 1941. Influencé par Seurat et les fauves, il se rapproche ensuite du cubisme. Pendant la guerre, dans l’isolement et l’ignorance des recherches de ses prédécesseurs, notamment des artistes abstraits, il développe ses propres conceptions. Au lieu de peindre les objets directement, il étudie le passage de l’ombre à la lumière. Il arrive par lui-même vers 1943 à des œuvres où le sujet n’est plus reconnaissable et découvre ainsi l’art abstrait « à tâtons », comme le dit Michel Ragon. En 1944, la même année que Kandinsky, ses toiles sont présentées dans la petite galerie l’Esquisse. A la Libération, Dewasne fait de l’abstraction son cheval de bataille, aux côtés de Hartung,
Schneider, Deyrolle, de Staël et Poliakoff. Malgré la virulence des débats de l’époque, difficile à imaginer aujourd’hui, il reste un ardent défenseur de la cause abstraite et participe à toutes les initiatives : le Salon des Réalités Nouvelles, la revue Art d’Aujourd’hui, les expositions et les discussions à la galerie Denise René. Son talent est reconnu d’emblée : en 1946, il reçoit le premier prix Kandinsky, décerné à un jeune artiste abstrait prometteur. Sa peinture de l’époque est marquée par le clair obscur. « Dans un réseau à la fois lourd et subtil de grandes lignes noires, perçaient des plages de clarté² », décrit Descargues. Ses premières recherches abordent aussi le travail de la matière. Expérimentant de nouvelles techniques, il ajoute parfois du sable à sa peinture, ce qui donne à ses œuvres un aspect rugueux.
Mais son style évolue rapidement et bientôt la composition éclate. En 1947-1948, il entame la série des « Déchiquetés ». Dans Tiburce (1947), les aplats colorés s’étirent de manière brutale en grandes formes dentelées, en laissant apparaître le geste de la brosse. L’année suivante constitue un tournant vers plus de clarté. Le peintre privilégie désormais une surface lisse et brillante agrémentée de formes précises, contiguës, en aplats de couleurs vives. Le système formel négatif-positif (basé sur l’alternance de formes allant vers l’avant et l’arrière), déjà présent dans les Déchiquetés, est théorisé dans son ouvrage fondamental, le Traité d’une peinture plane, écrit en 1949. Dewasne y mène une réflexion approfondie sur les moyens et les buts de l’artiste moderne et élabore de manière logique, son propre système formel, basé sur la planéité du tableau et le refus de l’illusionnisme spatial. Celui-ci sera mis en application par exemple dans sa grande Apothéose de Marat (1951), peinture héroïque aux dimensions monumentales (9 mètres de long). En 1950, Dewasne fonde l’Atelier d’art abstrait avec Edgard Pillet, lieu d’enseignement autant que de partage. Une jeune avant-garde cosmopolite s’y presse pour écouter les conférences sur l’histoire de l’art abstrait et les cours de technologie de la peinture, malgré le tollé de ceux qui craignent une institutionnalisation de l’abstraction. Pour répondre aux attaques croisées des défenseurs de la figuration et des détracteurs du courant « géométrique », Dewasne multiplie articles et conférences, à travers lesquels perce une pensée théorique solide. C’est à cette époque que le peintre réalise sa première grande antisculpture, le célèbre Tombeau d’Anton Webern (1951-52), arrière de voiture redressé et peint à l’intérieur comme à l’extérieur, première œuvre d’un genre nouveau qu’il développera tout au long de sa vie.
L’année 1954 marque une époque nouvelle dans sa vie. Après la rupture avec la galerie Denise René, Jean Dewasne part en Amérique du Sud pour exposer ses tableaux et diffuser ses idées. Ce long périple est pour lui l’occasion de découvrir l’art ancien du Pérou sur lequel il écrira des articles enthousiastes. A son retour, l’abstraction lyrique triomphe à Paris, mais Dewasne persiste dans sa voie, alliant rigueur et dynamisme. L’année 1966 voit sa première grande rétrospective à la Kunsthalle de Berne. A partir de cette époque, le peintre reçoit de nombreuses commandes dans toute l’Europe. Tous les ans, il fait l’actualité artistique avec des projets de plus en plus monumentaux. En 1967, il réalise un mural pour le Palais de Glace de Grenoble. En 1968, il représente la France à la Biennale de Venise. L’année suivante, le Musée d’art moderne de la ville de Paris expose sa Longue Marche, qui se déroule sur 90 mètres. En 1970, il crée pour le Musée de Grenoble un environnement mural de 1200 m². L’activité intense de Dewasne va en s’amplifiant avec le temps. Elle aboutit dans les années quatre-vingt à sa grande œuvre : la commande de quatre murales de 100 mètres de haut chacun, pour la Grande Arche de la Défense. Couvrant plus de 15000 m² de mur, elle peut être considérée comme la plus grande peinture du monde. En 1993, il est élu à l’Académie des Beaux-Arts, au fauteuil précédemment occupé par son ami Hans Hartung. Il s’éteint à Paris en juillet 1999, à l’âge de soixante-dix-huit ans, laissant une œuvre à la fois riche et cohérente.
Cette rapide biographie appelle quelques remarques. Il est frappant de constater tout d’abord la rapidité avec laquelle Jean Dewasne élabore un style propre, théorisé très clairement dès 1949, et auquel il se tient dès lors, pendant toute sa vie. Ses réflexions, diffusées à travers de nombreux écrits, se nourrissent toujours de sa pratique, de même que ses œuvres témoignent d’une étroite adéquation avec les concepts théoriques qu’il développe. L’unité de sa démarche et la continuité de son style évitent cependant le piège de la répétition par l’évolution de son travail vers la dimension architecturale et l’ouverture à l’espace public, intimement liées à ses convictions sociales.
Mais la cohérence de son travail a été moins soulignée que la position originale qu’il occupe, entre deux courants clairement identifiés par les historiens d’art au sein de l’abstraction : le courant géométrique et la tendance lyrique. En effet Dewasne, bien que fervent défenseur d’un art construit rationnellement, refuse l’étiquette « géométrique », trop réductrice à ses yeux³. La synthèse qu’il opère pourrait être résumée par cet équilibre : mettre de la souplesse dans sa logique et de la rigueur dans son lyrisme. D’où le sentiment que Dewasne échappe aux catégories, qu’on retrouve aussi à la lecture de sa biographie. Par sa formation d’abord, entre tradition et progrès, Dewasne a copié selon l’usage les modèles vivants et les plâtres antiques, tout en étant profondément influencé par le cubisme. Cette ambivalence vis-à-vis de la tradition se retrouve dans la volonté de se placer à la pointe de son temps⁴ sans cacher sa connaissance érudite de l’histoire de l’art ou sa grande admiration pour les peintres de la Renaissance italienne. D’éducation catholique, Dewasne affiche cependant de solides convictions marxistes. Mais sa sensibilité communiste ne l’empêche nullement de défendre l’art abstrait, fustigé par le Parti. Enfin, s’il rejette une certaine tendance mystique en art, de part sa position matérialiste, il ne renonce pas pour autant à parler de spiritualité et à reconnaître dans l’art un moyen d’accéder à « l’enrichissement et à l’épanouissement des autres hommes⁵ ». Ce qui peut paraître comme un paradoxe à première vue constitue, à mes yeux, une des caractéristiques de l’œuvre et de la pensée de Jean Dewasne. Sa position réconcilie des points de vue a priori opposés et se place d’emblée sous le signe de la dialectique, au-delà des cadres prédéfinis.
¹ Pierre Descargues, « Petit dictionnaire des artistes contemporains, Jean Dewasne », in Arts, 4 février 1949.
² Ibidem.
³ Lors de l’entretien radiophonique réalisé par Pierre Descargues sur France Culture (pour l’émission Les Arts et les Gens du 6 janvier 1992), Dewasne nie cette appellation :
« – Quelle évolution, parce que le terme géométrique abstrait vous l’avez accepté pendant de nombreuses années ?
– Non, non… moi jamais ! »
⁴ Il affirme par exemple : « les choses sont aujourd’hui si différentes de ce qu’elles étaient autrefois que, très franchement, nous ne pouvons plus rien demander aux Anciens » (« Qu’est-ce que l’avant-garde en 1958 ? », in Les Lettres françaises, 5-11 juin 1958, p.6). ⁵ Jean Dewasne, « Qu’est-ce que l’avant-garde en 1958 ? », in Les Lettres françaises, 5-11 juin 1958, p.6. ⁶ Avant d’étudier l’histoire de l’art, j’ai suivi une année de Mathématiques Supérieures.


